Rencontre avec Cyril Demaegd, fondateur d’Ystari Games (jeux de plateau)

Cyril Demaegd est un acteur majeur du jeu de société en France.
Cet été, il a formé des jeunes (14-18 ans) à la création de jeu de plateau à Isart Digital,  lors des Summers Shool « Game Design & Programming ».

Nous n’avons pas résisté longtemps à l’envie de l’interviewer :

Isart Blog : Bonjour Cyril, peux-tu te présenter?

Bonjour. Je m’appelle Cyril Demaegd, j’ai 41 ans et je suis président d’Ystari Games, une société d’édition de jeux de plateau qui était avant une SSII. Cela fait environ 8 ans que j’édite des jeux.

IB : Le jeu de société est-il une passion depuis toujours ?

Cyril D : Aussi loin que je me souvienne, oui. J’ai toujours été fan des jeux (pas très original pour un enfant), que ce soit sur plateau ou en vidéo. Je suis assez vieux pour avoir connu les premiers émois des bornes d’arcade, et je suis aussi fan de flipper (j’en ai 5). Mais bon, les jeux de société restent ma passion principale (avec la musique). En plateau mon jeu préféré est « Les princes de Florence » (qu’on a eu la chance de rééditer il y a quelques années). En vidéo, je citerai la série Uncharted, Batman Arkham City, Assassin’s Creed 2 (surtout Brotherhood) et Bioshock. Bref des jeux basés sur une bonne histoire et une belle DA.

IB : Comment est né Ystari Games ?

Cyril D : A la base nous étions une SSII, et nous pondions des programmes pour des boîtes comme EDF, ou  des banques. Mais cela n’était pas vraiment passionné et en parallèle, je bricolais mon premier jeu (Ys) dans mon coin. Je l’ai proposé à un éditeur qui était intéressé mais voulais le rendre plus « familial ». Mais j’étais persuadé qu’il existait un marché pour les jeux un peu plus core en France et j’ai donc décidé de l’éditer moi-même. Ca a plutôt bien marché ce qui m’a poussé vers l’édition, car en route j’ai découvert que je préférais largement éditer des jeux plutôt que de les créer. Ca a très bien marché ça, Caylus, notre deuxième jeu, est devenu un gros succès international.

IB : Comment se sont passées la création ainsi que l’édition (financement) de ton premier jeu ?

Cyril D : Vraiment artisanalement. Je commençais, je connaissais un peu le marché et j’avais quelques copains dans le milieu qui m’ont aidé pour l’infographie, les contacts avec une usine, bref tout ce que j’ignorais. Pour le financement, on a décidé de le faire avec les fonds de l’informatique (c’était un assez petit tirage, donc ça n’engageait pas trop d’argent).

IB : Caylus, le 2e titre de la boite, est un énorme succès mondial avec 75.000 boites vendues. Peux-tu nous expliquer le concept et les raisons de son succès, selon toi et les joueurs ?

Cyril D : Difficile à dire, car c’est une formule qu’on aimerait évidemment répéter à chaque fois. Comme pour toute histoire, je pense que c’était le bon jeu au bon moment. Il est arrivé à une époque ou peu de gros jeux de gestion sortaient et pas mal de concepts novateurs. Une bonne ergonomie également. Ca a payé !

IB : Dans la gamme Ystari Vintage, tu proposes la réédition de jeux de société oubliés ou impossibles à trouver. Pourquoi ? Comment procèdes-tu ?

Cyril D : Par plaisir d’abord. La gamme est peu étendue, mais l’idée est de ressortir quand je peux un jeu qui m’a influencé et amené à ce métier. Ce n’est pas toujours très simple pour des questions de droits. Après généralement on refond un peu graphiquement le jeu pour l’adapter aux standards modernes et quand on peut, on rajoute des éléments. Par exemple « Pinces de Florence » a bénéficié de 2 petites extensions que l’auteur a développées après la sortie du jeu et qu’on a donc pu inclure.

IB : Peut-on parler d’une « patte » Ystari ?

Cyril D : Il parait, mais c’est un truc que j’ai du mal à définir ! Enfin les gens le disent donc il doit y en avoir une. Je dirais simplement que j’ai une bonne équipe de testeurs qui poussent le jeu dans ses limites et cherchent toujours à le rendre intéressant même après plusieurs parties. Pour le reste c’est un mystère !

IB : Peux-tu nous parler du prochain jeu à paraitre ? Où peut-on l’acheter ?

Cyril D : Serenissima, est la ressortie d’un vieux titre (Méditerranée) qui était l’un de mes jeux préférés. En gros, il consiste à endosser la responsabilité d’une ville de la méditerranée du 15ème siècle (comme Venise) et d’envoyer ses bateaux pour faire la guerre et surtout du commerce, le but étant d’être le plus riche.

C’est un jeu qui a été complètement refondu par son auteur pour l’adapter aux temps modernes. Notamment, la durée passe de 4 à 2h mais ce sont surtout les mécanismes qui ont évolués. Ce genre de jeu s’achète généralement dans les boutiques hyper-spécialisées. En gros c’est un réseau de 300 boutiques en France qui vend des jeux qu’on ne trouve généralement pas dans une grande surface. Entrer dans ce genre de magasin, ça change un peu ce qu’on croit du jeu de société !

IB : Comment se porte le marché du jeu de plateau de manière générale et particulièrement en France ?

Cyril D : Plutôt bien, voire même plutôt très bien en France. C’est un secteur qui a été relativement épargné par la crise, car pour un prix généralement plus modeste que celui d’un jeu vidéo (compter 40€ pour un gros jeu), les gens jouent à plusieurs et peuvent rejouer pas mal de fois sans se lasser. De plus, il y a de plus en plus de gens qui découvrent ce hobby par des jeux plus légers (par exemple Jungle Speed ou Time’s Up) et qui finissent par viser des jeux un peu plus exigeants. Bref, on ne se plaint pas !

IB : Comment, selon toi, ce secteur va-t-il évoluer ?

Cyril D : Difficile à dire car pas mal de financiers commencent à s’y intéresser de près. On voit de plus en plus d’éditions participatives (style My Major Company) voir des Business Angel qui décident de pousser des éditeurs. L’afflux d’argent risque de changer un peu la donne, bien que je reste persuadé que le produit (le jeu) fera toujours la différence par rapport à l’argent. Croisons les doigts pour que ça ne dérive pas trop !

IB : Tu es formateur pendant les summers schools d’Isart. Pourquoi t’investis-tu autant auprès des jeunes ?

Cyril D : D’abord c’est un plaisir. En venant à Isart j’ai découvert des passionnés qui ont vraiment la fibre d’enseigner un métier passionnant à des jeunes forcément motivés. Mon rôle c’est d’enseigner aux jeunes le Game Design par le biais du Jeu de Plateau. C’est une bonne école, car on ne peut pas se cacher derrière des animations fantastiques, des explosions, etc. Bref on recentre le problème sur la vraie question : qu’est ce qui fait un bon jeu ? Il est vrai que c’était un peu effrayant de se dire qu’on avait 5 jours pour faire un jeu de plateau complet et intéressant, mais au bout du compte les jeunes (en équipe) se sont avérés très motivés et tout le monde a pu terminer son projet (6 jeux en tout). Moi, cela m’a fait découvrir que j’avais vraiment envie de transmettre mon « savoir » à ces jeunes avides d’apprendre. Et cela m’a permis de rencontrer vraiment plein de gens super ! Une très bonne expérience !

IB : En 1ere année de Game Design à ISART, les étudiants ont pour objectif de créer un jeu de plateau en un an. As-tu pu tester ou voir les prototypes réalisés cette année ?

Cyril D : Non pas encore, mais l’un de mes amis qui est venu voir les jeux en cours d’année m’a parlé d’un jeu auquel Ystari devrait s’intéresser. Cela veut tout dire à mon avis sur la qualité de leur travail !

IB : As-tu un dernier petit conseil pour les étudiants d’ISART?

Cyril D : Bossez ! C’est bateau mais si ce métier (les jeux vidéo) est formidable, il y a peu d’élus et seuls les meilleurs pourront creuser leur trou. Maintenant, bosser à l’Isart, ça me parait plutôt chouette et j’aurais bien aimé qu’une telle école existe dans ma jeunesse !

Merci Cyril !A bientôt 🙂